
De plus en plus, avec les années qui s’ajoutent au compteur et dans le corps, il me semble que tout ce que l’on puisse faire consiste à cultiver le silence et la paix intérieure. Pas la seule chose que l’on puisse faire, mais une part de plus en plus importante, qui occupe de plus en plus de temps et qui fait de plus en plus de sens.
Dans un monde aussi tumultueux, rapide et conflictuel que le nôtre de nos jours, on ne peut que chercher à trouver refuge en soi. Sans se couper du monde, car c’est notre monde à tous, le monde dans lequel on vit et duquel on doit prendre soin, ce que l’on ne peut faire qu’à petite échelle car grand grand le monde. En commençant par soi-même, et en élargissant.
Et dans un monde si plein de mots, on ne peut que tendre vers le silence. Du moins, vers de plus en plus de silence. Un silence reposant, calmant, sécurisant. Le genre de silence qui doit envelopper la mort quand on passe de l’autre bord. Cette mort si pleine de vie, qui va d’ici à partout, jusqu’à l’au-delà. Un silence supra humain, intra humain. Que l’on doit apprendre à cultiver de son vivant.
Je lisais récemment les superbes mots de François Cheng (Méditations sur la Mort), un philosophe et poète ami de Dany Laferrière à l’Académie Française), qui suggère d’aborder la vie à partir de la mort plutôt que le contraire. Cette perspective nous permet de relaxer, car la mort, certaine, sera l’ultime apothéose de notre vie, tout en nous faisant apprécier chaque nouveau moment de vie qui se présente à nous. D’ici là.
L’affirmation ci-haut parle de travail sur soi. Je ne sais pas si le terme travail dans le sens qu’on le conçoit habituellement s’applique quand on apprend à développer le silence en soi mais si c’est le cas, c’est sûrement une job de finition. Et qui a déjà bâti maison sait que c’est la partie du travail qui requiert le plus de temps, de soin et de patience. La partie la plus longue, et la plus délicate.
L’expression travail sur soi-même n’est pas juste à mes yeux. Si c’est un travail, ça ne peut être qu’un travail de déconstruction, une oeuvre de dénouage. De plus en plus, on observe le moi – du moins ce que l’on considère comme tel – se défaire, se détisser, se dénouer. On n’acquiert jamais rien qui vaille ni qui dure dans la vie, on apprend plutôt à laisser aller, à se laisser aller.
De plus, le soi est un concept qui n’existe pas vraiment. Le soi n’est que ce que l’on pense être, la partie séparée du grand Tout, ce qui anime chaque corps. Une création humaine. Et temporaire. Qui s’évanouira dans le néant éventuellement.
Car nous naissons en tant que rien, et mourrons tout aussi rien, sinon encore plus rien car on devrait apprendre (au conditionnel) au cours de la vie que nous ne sommes rien. Nous naissons en tant que rien ignorant, puis vie en société nous y obligeant, nous nous développons en tant que quelque chose, ou quelqu’un au cours de la première moitié de notre vie, puis nous saisissons de plus en plus au fil du temps et à mesure que le corps faiblit, que nous retournerons poussière.
Alors la culture du silence s’avère l’art ultime d’après moi. Personnellement, je le fais seul, le plus souvent possible, mais j’aime aussi le faire avec mes ami(e)s du silence, en ligne, avec comme seul fil nous reliant celui de nos coeurs.
Et l’hiver s’avère la saison la plus propice pour le faire, pour se taire.

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The ultimate ecstasy will come through being silent, centered in your own self, forgetting the whole world and disappearing into one’s own being….![]()
– Osho
