POLISSÂGE

La pierre précieuse ne peut être polie sans friction, pas plus que les gens sans épreuves.
– Confucius

Parfois, la vie coule doucement, et, parfois, elle nous envoie des épreuves. Parfois ça coule, comme l’eau sur la peau du canard, parfois ça coincoince. Évidemment que l’on préfère quand ça coule, quand ça flow, quand ça va bien.

Mais avec le temps, au fil de la vie, on se rend compte que suite aux épreuves, on est plus fort(e) et plus lucides, plus résilient(e) comme on dit de nos jours. On dit aussi que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort(e). So far so good on dirait.

Épreuve est lié au verbe éprouver, auquel on donne diverses définitions, dont celle de ressentir, ou de vivre quelque chose d’éprouvant, soit de pénible à supporter, qui met à l’épreuve la résistance physique ou morale.

Mais ma définition préférée du verbe éprouver est celle-ci: avoir une connaissance directe des états, des situations, des émotions ou des sensations ; connaître par une expérience personnelle.

Éprouver ne se limite donc pas uniquement à connaître, ni à seulement savoir avec sa tête. Éprouver implique et passe par le corps, par le coeur, par les tripes. Ça implique de sentir, de se laisser ressentir surtout, de laisser les sensations habiter tout le corps, et le posséder même, se laisser posséder par l’expérience.

J’apprécie la citation de Confucius car elle donne un sens supplémentaire à l’adjectif poli. On conçoit habituellement qu’être poli signifie être affable, bien élevé, civilisé, convenable, correct, courtois, déférent, respectueux.

Mais poli peut aussi signifier avoir acquis une certaine finesse. Être poli, ou s’être fait polir, peut aussi indiquer que la vie nous a passé dessus solide, qu’elle nous a sablé, qu’elle nous a mis à l’épreuve. Et ce faisant, elle nous a bâti, solidifié, puis marqué et raffiné. Pour éventuellement finalement reprendre notre corps au bout de la route.

D’une certaine façon, la vie est un papier sablé duquel on n’en sortira que sous forme de poussière, que bran de scie. À l’image de l’oignon que l’on épluche et au centre duquel on ne trouvera rien. Sinon que quelques larmes, ainsi qu’une graine de quelque chose d’autre qui lui survivra peut-être.

Certaines expériences plus difficiles de la vie nous forgent, nous labourent, nous pétrissent. Quand on les vit, quand on est dedans, on a souvent hâte qu’elles se terminent, on souhaite qu’elles deviennent choses du passé.

Mais possiblement – probablement ? – que rendu au bout de notre vie, on se rendra compte que ce sont justement ces expériences qui ont fait de nous qui nous sommes, qui nous sommes devenus. Qui nous sommes redevenus.

Ce sont ces expériences qui nous donnent force et beauté, courage et impeccabilité. Qui nous ramène à plus grand grand dénominateur commun. C’est à la mesure des épreuves que l’on connait que nous devenons nous-même, et plus grand que petit soi. La vie nous appelle à dépasser le petit moi que nous pensons être pour redevenir la vie toute entière, pour redevenir lumière éternelle.

Parce qu’elles sont riches, ou qu’elles sourient beaucoup sur les réseaux, on pense parfois que certaines personnes ont – ou ont eu – des vies faciles. Mais inévitablement, chacun/e porte en soi ses épreuves, ses propres enjeux à vivre, à comprendre, à transcender. La vie ne nous fait pas que des cadeaux. Ou peut-être que tout est cadeau si on accepte tout ce que la vie nous présente. Le flow comme le gros.

Certains d’entre nous passent leur vie à fuir certaines émotions en croyant qu’il est impossible de soutenir la douleur. Mais vous portez déjà cette douleur. Ce que vous n’avez tout simplement pas encore réalisé consiste à ressentir tout ce que vous êtes, au-delà de cette douleur.
– Khalil Gibran

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